Face aux turbulences économiques, les entreprises tunisiennes tiennent bon. C’est en tout cas ce que révèle une enquête récente menée auprès d’une cinquantaine de dirigeants issus de différents secteurs d’activité. Mais derrière cette apparente solidité se cache une réalité bien plus nuancée, marquée par des freins qui pèsent lourd sur l’avenir du tissu économique.
Le constat de départ a de quoi surprendre : près de six entreprises sur dix ont réussi à atteindre leurs objectifs financiers en 2024. Une preuve tangible que le secteur privé sait s’adapter, même dans un environnement difficile. Seulement voilà, ce succès apparent masque des difficultés ben réelles. Les patrons interrogés pointent du doigt une fiscalité imprévisible, des procédures administratives interminables, un flou persistant autour des futures réglementations, et des réformes menées sans réelle vision d’ensemble. Dans un tel climat, penser à long terme relève presque du défi. Beaucoup préfèrent donc jouer la carte de la sécurité plutôt que de se lancer dans des projets audacieux.
Cette prudence se traduit concrètement dans les choix budgétaire des entreprises. Plutôt que d’innover, la majorité préfère consolider ce qui existe déjà et protéger ses marges. Près de la moitié des sommes investies (46%) servent simplement à remplacer du matériel vieillissant, tandis qu’un tiers sert à agrandir les infrastructures existantes.
L’innovation, elle, ne pèse que 12% des budgets, et la diversification encore moins, à peine 9%. Autrement dit, on préfère jouer la carte de la stabilité plutôt que de prendre des risques.
Quand les blocages structurels freinent la modernisation
Les difficultés ne s’arrêtent pas là. L’étude met aussi en lumière des faiblesses profondes qui empêchent les entreprises de se réinventer véritablement. Près d’un dirigeant sur trois estimes que sa capacité à innover reste limitée, faute d’un écosystème technologie suffisamment connecté. Le problème ? Un manque criant de dialogue entre universités, centres de recherche et acteurs industriels.
Autre source de tension : la concurrence déloyale du secteur informel, jugée très forte par 44% des sondés. Cette pression tire les investissements dans des produits ou services à plus forte valeur ajoutée. A cela s’ajoute une difficulté d’accès aux financements, mentionnée par plus d’un quart des dirigeants comme un frein majeur à leur développement.
Repenser les règles du jeu économique
Face à ce tableau, plusieurs leviers semblent incontournables pour redonner confiance aux entrepreneurs. En tête de liste : offrir davantage de stabilité fiscale et réglementaire, tout en allégeant les démarches administratives qui freinent l’activité au quotidien.
Faciliter l’accès au crédit, notamment pour les projets porteurs d’innovation, apparaît également comme une priorité, tout comme accompagner les entreprises dans leur modernisation technologique.
D’autres recommandations méritent aussi l’attention : donner de la visibilité sur les futures réformes pour rassurer les investisseurs, accélérer la digitalisation des démarches administratives pour réduire les délais et les coûts, imaginer de nouveaux dispositifs incitatifs pour encourager la prise de risque, et enfin, encourager la naissance de collaborations autour de technologies innovantes.